Couvou
Mes objectifs

retourCompte rendu de course
2017-10-14Ironman World Championship***289


Ipod dans la poche, écouteurs dans les oreilles, je prends mon petit déjeuner. Le son est assez tranquille, style reggae, il me sert juste à être dans ma bulle. En voiture direction le pire, la pression monte, le rythme de la musique également. Sac sur le dos, me voilà au traditionnel ‘’marquage’’ puis passage à la pesée. 142 livres (64,4kg), le son dancefloor laisse place à l’électro, j’entre dans le parc pour les derniers préparatifs…

God Bless America en fond, plus de musique, les frissons qui montent, ça va être l’heure du départ pour les pros. Derniers instants vers la famille, enfilage de la speedsuit, ultime photo et mots d’encouragements et direction le Pier… Quelques échanges anglophones et encouragements avec les 2-3 gars autour, entrée dans l’eau et direction la ligne de départ. Cette ligne où tu tapes de longues minutes de rétropédalage, au coude-à-coude pour garder ta place, en espérant ne pas te faire passer dessus dès les premières longueurs. 360° sur 360°, je profite de cet instant, émotionnellement très prenant, comme à chaque fois, en se disant que dans quelques instants on sera un de ces points bleus au milieu de la mousse blanche, que les copains, copines et autres verront depuis le bord ou d’hélicoptère à travers leur écran d’ordinateur. ‘’Two minutes to go’’, le bruit diminue, il y a vraiment du monde autour, derniers mots à moi-même et… booouuummm, c’est parti !!

Comme à chaque course, ça part vite, mais là, j’ai la vague impression que ça part encore plus vite. Ça joue des coudes à droite et à gauche, il faut parfois prendre sur soi et accepter les contacts, passer en crawl polo pour pouvoir se replacer, identifier la bonne trajectoire là où certains zigzaguent et fractionner un peu pour garder sa place dans des pieds. Et ouais, nager en tri, ce n’est pas qu’un appui, une traction et une poussée :-)

Les sensations sont bonnes, mais il me faudra un bon 700-800 mètres pour ne plus voir de talons ou de bras entrer dans l’eau proche de ma face. Traditionnelle gestion, tantôt en fréquence, tantôt en recherche de glisse et de fluidité. Placé à l’intérieur, j’essaie de rester au maximum dans des pieds, sur une trajectoire rasant les bouées. J’aperçois un bateau devant sur les respirations, non ?! Déjà le demi-tour ?! Pas possible… Je prends de l’info et si ! Ça vire à droite derrière le bateau :-)
Deuxième virage à droite pour entamer la dernière ligne droite, 30’05’’ à la montre, purée, ‘’frinchemin bien hein’’, du coup je plane tout seul le temps d’un instant en pensant à ma chérie :-) Puis me reconnecte aussitôt ! Je poursuis mon avancée derrière un poisson pilote, toujours en rasant les bouées, puis le dépasse pour le laisser vaguer à ces zigzags. Les sensations sont vraiment bonnes, je me sens bien, la bouteille Gatorade gonflable se rapproche, me voici le long de la digue. Quelques coups de bras, je retouche terre et peut commencer à quitter mon matos de nageur. 1h01’04’’, quatre minutes de mieux que les prévisions (11 de mieux qu’en 2015, 13 de mieux qu’en 2014) et ma meilleure natation sans combi jusqu’à présent. La journée commence bien !! Mais elle est loin d’être finie.

T1 relativement fluide ici, quand on te donne ton sac, ça t’évite de (trop) réfléchir, saisie du bike et en selle.

Du monde sur la route sur ce début de parcours, mais le profile fait que je suis direct dans les clous vis-à-vis de ma puissance cible (220w). Petite boucle, passage en ville, la famille est présente, l’espace se restreint jusqu’au retour sur la Queen K. Palani se monte bien, normal on est frais et nous voilà dans les bars pour un long aller-retour en direction d’Hawi. Comme chaque édition à laquelle j’ai participé ici, le début de portion sur la Queen K est très rapide, le vent nous porte et nous aide bien assez. C’est pourquoi je sais qu’il ne faut pas s’enflammer car le retour ne sera pas du même acabit. Donc gestion au capteur. Il ne se passe pas grand-chose, je double et me fait doubler, si ce n’est que le vent commence à nous faire face aux environs du 60ème kilomètre, mais un bon truc quoi.

Oui il y a trop de monde, donc oui il y a du drafting (encore plus dans ces portions venteuses), c’est pourquoi je décide de rouler tant que possible sur la bande d’arrêt d’urgence, histoire de ne pas me faire sanctionner. Ah !!! Enfin un virage. Une légère descente et nous bifurquons sur la droite, place aux premières pentes qui vont nous faire approcher de cette tant réputée montée d’Hawi. Pas de miracle cette année encore, le vent est bien là, tu appuies mais restes collé à la route, tu passes beaucoup de temps en danseuse histoire d’essayer de relancer, puis tu attends le sommet qui te semble ne jamais arriver… Demi-tour, resdescente en passant devant la penalty box qui comme toutes les autres est sold-out et forcément remplie d’innocents (petite pensée pour un certain Monsieur Barel, venu ici pour un critérium je pense). La redescente est rapide, comme d’habitude, mais les replats me font mal et les crampes commencent à s’inviter au niveau des vastes internes et des adducteurs ! J’ai bien bu, bien mangé jusqu’ici, je ne suis pas en surpuissance, je suis même légèrement en-dessous de la cible, et pourtant j’ai bien des débuts de crampes… Qui s’intensifient quand je cherche à appuyer un poil plus sur mes pédales…De retour sur la Queen K, il ne reste (que) 50km et non pas des plus simples. Le vent auquel je m’attendais est bien là, et avec cette réponse de mes jambes, je ne peux qu’être spectateur de ma déperdition lente, mais conséquente, de puissance. Donc il me reste 1h30 de biclou à faire et en ce qui concerne mon état mental, sachant qu’il y aura encore le marathon derrière, je pense que je n’ai pas besoin de vous faire de dessin…

Ce qui ne m’empêche pas de rester concentré sur ce que je suis en mesure de maîtriser : ma technique de pédalage, mon alimentation, mon hydratation… jusqu’au km 160, où je prends une bouteille de coca, qui, à l’ouverture, me pète à la gueule et se vide dans ma bouche, sur ma face, sur le bike, sur mes jambes et je décide donc de la jeter vu qu’elle ne tient pas dans le porte bidon… Je prendrai de l’eau sur le prochain ravito, pour boire et me rincer… Sauf qu’à Kona, pour avoir un ravito dans les 20 derniers km du bike, tu peux aller te faire en***er. Et ouais, tu ne payes que 1000 balles l’inscription, faut pas déconner non plus !
Donc 20 bornes vent dans la tronche sous le cagnard sans rien à picoler… Mais bon, avec le recul et par courtoisie, je vais dire que c’est de ma faute. Retour en ville, il va être l’heure de poser le destrier, ‘’enfin’’ :-) Je déchausse et laisse mon vélo au bénévole après 5h16’40’’ de roulage à 188w (pour une cible de 5h00 à 220w)…

Retrait du casque, enfilage des runnings et du bandeau, changement de lunettes et en avant, je m’élance sur le segment pédestre, toujours accompagné par ces petites tensions dans les muscles qui impactent ma technique. Mais je me force à courir en me disant que ça va bien passer… Je me cale sur mon rythme (4’29’’-4’30’’/km) et…ça passe, je retrouve enfin le plaisir !

Mon bonhomme de chemin, à base d’eau, de coca, de ‘’douche’’ à chaque ravito, se fait ainsi jusqu’au pied de Palani, la fameuse montée qui fait mal… Ne pas marcher, tel est mon mot d’ordre ! Je baisse la tête et progresse sous les mots d’encouragement de ma marraine, qui court littéralement plus vite que moi, ça frotte un peu sur les côtés mais ‘’ça passe’’ et voilà que je file sur la Queen K, pour aller voir ce qu’il se passe du côté d’Energy Lab. Mais la fatigue présente me fait ralentir un poil ma progression. Le cerveau tourne en mode gestion, il n’y a rien, qu’une route devant qui continue au loin (bien que je la connaisse) et deux seuls bruits, mes appuis au sol et mon dossard qui flotte au vent… Les kilomètres défilent, je pénètre dans Energy Lab. La descente est relativement ne me cause pas d’encombres, le plat non-plus, j’y croise quelques copains, puis entame la remontée. Plus raide d’un coup :-) Je suis rejoins par un camarade frenchy, avec qui je resterai quasi jusqu’à la fin. Retour sur la Queen K, maintenant, il n’y a plus qu’à rentrer. Nous nous retrouvons un petit groupe de frenchies, qui se dirige et attendant tous ces finish line afin de boucler cette journée pour laquelle nous nous sommes préparés tant de temps. Le passage des ravitos reste inchangé, de l’eau, du coca, de la flotte sur la ganache pour se rafraîchir avec quelques pas en marchant, puis c’est reparti.

Ainsi me voici en haut de Palani. Il est temps de relever les lunettes, de retrouver la ville et d’ouvrir grand les yeux pour kiffer, car un mal pour un bien ou un bien pour un mal, dans quelques minutes, le rêve hawaiien s’achèvera… Je profite de l’ambiance, de voir une (avant) dernière fois ma famille sur le bord, envoie des petits sourires aux personnes qui m’encouragent (encore), je suis déjà sur Alii drive. Le mec est content, frustré mais content… Petite tape dans la main de ceux qui m’ont supporté ces derniers mois et me supportent depuis toujours, qui ont traversé la planète pour m’encourager et partager cette aventure, puis direction la finish line avec un sourire tendu mais putain de bon !!!

9h48’53’’ (marathon en 3h24’).

I’m an Ironman !!

Quelques pas avec les bénévoles, médaille autour du coup et serviette sur les épaules, je m’en vais vers le ravitaillement d’après-course, histoire d’avaler autre chose que des gels, de l’eau et du coca :-)

Clap de fin sur cette course mythique, qui représente vraiment une expérience hors normes !